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EN PARTICULIER SUR LE SPECTACLE

« Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila »
de Charles Gonzalès
Du 1er mars 2006 au 22 avril 2006



Publié le 28 mars 2006
par Marie-José Pradez
« Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila »

"J'ai longtemps rêvé - et maintenant plus que jamais - d'un spectacle longtemps préparé, et qui ne serait représenté qu'une fois. Face à la représentation unique d'une grande oeuvre, il me semble que l'apport des acteurs comme celui des spectateurs gagnerait en force, intensité et justesse. Et peut-être que le théâtre, alors libre de toute contrainte étrangère à sa propre exigence retrouverait sa vocation première : l'éphémère", écrivait Maria Casarès.

Qu'il joue Camille Claudel, Sarah Kane ou Thérèse d'Avila, Charles Gonzalès n'oublie rien, manifestement, de la grandeur de cette comédienne, sa marraine de théâtre ; rien de sa puissance d'interprétation, de son tempérament, de sa viscéralité disciplinée du jeu théâtral, de ses enseignements... A chaque représentation, le même sentiment d'urgence à la manière d'un funambule admirable passant au-dessus d'un canyon... Le risque toujours renouvelé et le souffle de la nécessité.

Je suis allée voir ce spectacle déjà plusieurs fois. Nulle sensation d'usure ni impression de l'avoir épuisé. Comme un opéra ou un oratorio, un tableau très grand, une statue primitive, comme un coucher de soleil en Bretagne : s'ouvrir, écouter, regarder, et ressentir jusqu'à l'ineffable.

Aller donc le voir devenir Thérèse, c'est rencontrer cet éphémère. Mots sifflés, soufflés, crachés, délicatement déposés ou savourés. Corps tournant sur lui-même en quête du ciel, crucifié de désirs ou de souffrances, tendu vers l'Amour comme la mère vers l'enfant, rampant sous le poids de l'horreur. Fins rappels : El Greco, Grüwald, Holbein, Vinci ou Le Bernin. Âme s'exaltant pour l'érection de l'Œuvre dans un renoncement de soi. Jouissances pour nous–mêmes de ce temps unique où nous sommes renvoyés à la question de notre propre destin, notre finitude et l'exploration de notre nature.

"J'ai donné... Aimer avec ardeur... L'amour n'est jamais oisif... Ô enfants des hommes ! jusques à quand serez-vous durs de cœur ? Que serait une vie... ?"

Mots, expressions, tensions, vibrations de l'artiste, capables parfois de nous fracturer définitivement car l'Art présent, subversif. Rencontre avec l'éphémère pour n'être plus jamais tout à fait cuirassés de sottise, d'indifférence, et de certitudes douteuses...

Parce qu'ici le Comédien par sa présence, son flair, son instinct et son extrême conscience de chaque élément de cette liturgie ; par son sens profond de la révolte ; par l'exaspération de la solitude et sa parole désespérée mais rebondissante et vitale, nous offre dans cette extase tauromachique le moyen d'accéder à peut-être l'essentiel : sentir et comprendre, en écho à des résonances lointaines, ce qu'est aimer, souffrir, être libre et mourir. Et toujours vouloir se connaître sans rien ignorer de la ruse du diable : faire croire qu'il n'existe pas, à ce que l'on dit.

Magie du Théâtre et de l'Art, autorité de l'Artiste authentique qui, sur l'échiquier de la vie, privilégie son engagement passionné. Joie pour celui qui grâce à lui est posé un peu à côté de lui-même, dès lors ouvert à de plus vastes horizons.

Beauté de la lumière, des découpes, des ouvertures, des jeux subtiles, avec l'ombre. Beauté de la langue, du geste, du rythme et de la nuance, du mouvement du corps, machine royale qui sculpte l'espace et en noces avec l'esprit magnifie la vie...

Merci à Charles Gonzalès qui, pour un moment, réussit à ne pas nous faire trop regretter Jean–Pascal ou Greg le Millionnaire !!! Merci surtout à la Direction du Lucernaire qui, confrontée à la société du spectacle, manifeste son réel amour du Théâtre par la qualité et la diversité de sa programmation.

Des défis, des oeuvres, des talents, et une superbe convivialité dans ce lieu.

Sainte Thérèse, un petit miracle svp : permettez-nous de vous entendre encore et encore dialoguer avec Alceste, Célimène, Machiavel, Montesquieu et les autres... Ne partez pas trop vite ! Laissez-nous le temps de vous entendre et de vous aimer.

- Hélas, déjà la dernière ! -
Parmi les nombreux spectacles parisiens que j'ai vus, cette Thérèse d'Avilla interprétée par Charles Gonzalès sort de l'ordinaire et s'inscrit comme un très grand moment de théâtre. Une bande-son admirable, un texte éblouissant, et une interprétation d'acteur de très grande envergure. Je souhaite longue vie à cette pièce et j'attends avec une impatience vive de voir Sarah Kane dont j'imagine bien qu'elle sera à la hauteur de Thérèse et de Camille Claudel. Charles Gonzalès me touche à chaque fois par la finesse de son jeu, et ses géniales inventions de metteur en scène. Si l'on pouvait plus souvent voir des spectacles de ce niveau, le théâtre n'y perdrait rien et le public en sortirait, comme moi, à chaque fois, remué, bouleversé et grandi. Nora
écrit le 05/05/2006 par : zelia

- Dubitative... -
J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans le jeu de l'artiste (peut-être m'en avait-on dit trop de bien) : beaucoup de gesticulations, toujours les mêmes, et cette voix qui monte et descend dans une même phrase... bon, je sais être difficile.
écrit le 30/04/2006 par : bellaubaine

- Bravo! -
Tellement de choses ! De nos jours, cela fais plaisir d’entendre ce qui est dit ici. Une Thérèse d’Avila touchante dans son exigence et son combat pour la vérité, sa volonté d’aller à l’essentiel. Charles Gonzalès crée véritablement un personnage sans tomber dans le piège de la caricature et nous fait partager à travers sa personnalité la vie d’une femme qui aime ! Il opte pour une simplicité élaborée à travers des lumières belles et efficaces de Mohamed Maaratié dont on reconnaît le talent, créateur des lumières de Laurent Terzieff. Son évolution sur scène nous fait voyager à travers l’Espagne en nous livrant un peu de l’âme de cette femme dans la démesure qui ne manque pas de toucher le spectateur par ses propos universels. Un spectacle profond qui ne peut laisser indifférent. Eric Fros.
écrit le 22/04/2006 par : rikk

- A ne pas manquer ! -
Ai-je bien vu ? C'est déjà fini le 6 mai ??? Ça fait vraiment court !!! Pourquoi avorter un tel spectacle ? C'est vraiment du gâchis !!! Courez voir Charles Gonzalès, il n'y en aura pas pour tout le monde !!! Venez vite écouter Thérèse d'Avila, elle a tant à vous dire !!! Vous partagerez un moment riche d'émotions intenses, avec tous vos sens en éveil !!! C'est du Grand Théâtre servi magistralement par Charles Gonzalès qui nous ouvre les portes d'un univers fascinant et méconnu. J'ai decouvert une Thérèse d'Avila que je ne soupçonnais pas... Et j'ai envie d'en savoir encore plus ! Un grand merci à Charles Gonzalès pour ce spectacle tellement prenant, que l'on ne pense même pas à applaudir quand il se termine ! J'espère qu'il y aura une prolongation pour que ce spectacle bénéficie de l'accueil du public qu'il mérite !!! Marylène Géry
écrit le 21/04/2006 par : Marylène

- De l'oxygène au sein de la culture de la médiocratie et de la starisation de type industriel -
Merci à la direction du théâtre du Lucernaire et à Jean-Paul Chagnollaud de permettre au spectateur qui passe de salle en salle d'y rencontrer réellement le Théâtre avec des textes de haute intelligence ! des jeux d'acteurs variés et divers qui jamais ne se nuisent ! des mises en scène des plus positivement simples aux plus somptueusement complexes ! Merci à Xavier Béjà, Guillaume Orsat et François Perrin qui nous font frissonner d'inquiétude dans Inconnu à cette adresse : fatidique disposition folle des hommes à se trahir, assez quodidiennement, encore plus quand l'Histoire fait surgir ses fous maléfiques pour mieux qu'ils se phagocytent ! Ah Goya, visionnaire et éternel ! Le sommeil de la raison engendre les monstres... Merci, merci à Jean-Pierre Andréani et Jean-Paul Bordes dans leur Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, qui invitent de manière rieuse le public à une des grandes questions de la philosophie : pour le bonheur des hommes, conception réaliste du droit ou idéalisme politique ? Pétillant de justesse et nourrissant pour l'esprit. Quel tandem ! cela pédale et c'est bon ! On peut même se sntir moins sots à la sortie et vite, lecture du Prince. Euphorie des neurones ! Merci, trois fois, à Charles Gonzalès, toujours à la hauteur de lui–même et de sa très haute exigence théâtrale, qui comme un nageur à contre–courant défie les programmations banales, spontanément consensuelles, en offrant dans une petite salle qui lui va bien, la splendide Thérèse d'Avila. Richesse d'un donné à voir et à entendre qui peut désarçonner les plus pressés mais passionne, bouleverse et fait revenir ceux qui aiment quand le texte s'allie à la puissance des images, à la justesse raffinée des lumières, au choix d'extraits musicaux du meilleur goût jusqu'à la sublimité. Orchestration sans faille par un metteur en scène intransigeant sur la précision ni la qualité à conquérir ! Force, dynamisme, rythme, panels de nuances, diction étonnante et jubilatoire pour les oreilles musiciennes et un public qui sait bien que plus il est confronté à une grande oeuvre, et plus c'est à lui d'essayer de s'en rapprocher avec plaisir, passion et modestie. Et peut-être se le dire à soi-même pour échapper à la non-pensée, aux opinion ordinaires posées trop hâtivement comme des vérités absolues ? Quels moments Monsieur Chagnollaud nous faites-vous passer dans votre théâtre ! Qu'il est bon d'y venir, de s'y retrouver et d'y partager mets, vins, paroles, gaietés et sentiments dans votre si convivial restaurant ! presque un lieu de vie !
écrit le 13/04/2006 par : him

- Une performance d'acteur. -
Vraiment, il s'agit d'une performance d'acteur ! On en oublie parfois d'ailleurs d'écouter le texte. Si tel est le propos, c'est donc réussi.
écrit le 12/04/2006 par : 2003anes

- Déçus -
C'est un bel exercice d'acteur mais on reste sur sa faim car on ne connait pas grand chose de Thérèse à la fin ; on s'étend plus sur ses maladies que sur sa rencontre avec Dieu, c'est dommage.
écrit le 06/04/2006 par : herve

- Sans mot dire
Il y a un masochisme certain à mettre tant de talent et d'acharnement à vivre, avec force et conviction, le calvaire d'un personnage dégageant aussi peu de sympathie et si peu à même d'attirer la moindre compassion. Le jeu est exemplaire, la performance incroyable... mais voilà : est-ce bien raisonnable d'en arriver là ? Le réalisme est à ce point crû que nous en oublions toute pitié, si ce n'est celle pour l'acteur tant il met de volonté à se faire mal et à faire souffrir par la même occasion son auditoire. La fin du spectacle est un cruel point d'orgue, lorsque qu'abasourdi par tant d'incompréhension, le public oublie d'en applaudir son artiste qui n'a pourtant eu pour seul tort que celui d'être incompris dans le choix de son sujet.
écrit le 03/04/2006 par : morreeuw

- Une performance exceptionnelle ! -
Charles Gonzalès réalise en une heure quinze une performance exceptionnelle ! Il incarne magnifiquement Thérèse d'Avila donnant corps à la définition qu'un prélat contemporain donnait de cette grande mystique : "Quel homme, cette femme !" Transportés dans l' Espagne du 16e siècle, nous assistons à la quête spirituelle de Thérèse, qui après vingt ans passés au monastère d'Avila, parcourt infatigablement les chemins de Castille et d'Andalousie. Œuvre réformatrice pour le salut d'autrui. Elle rencontre et inspire Jean de la Croix. Comme un grand alpiniste, avec une conscience suraiguë, suspendue à une corde elle emprunte la voie radicale où se heurtent avec violence les extrêmes : harmonie et chaos, certitude et doute. Elle repousse les frontières de la raison, toujours guettée par la folie elle atteint par l'ascèse les sommets de la perfection. Projetées sur l'écran des images contemporaines révèlent en écho l'expression d'une souffrance absolue. Enfermée dans un corps torturé, elle accède à la transcendance en épousant la passion du Christ. Charles Gonzalès prend le parti de rendre visible le spectacle de cette sublime transfiguration. Possibilité tendue à chacun de s'interroger sur le sens à donner à sa propre souffrance en participant à l'humanité de cette Femme. Laurette Casal
écrit le 01/04/2006 par : lac

- Un acteur capable de souffrir et d'aimer... -
Je retournerai voir Charles Gonzalès. Pour me surprendre. Parce que cet acteur et metteur en scène colle bien au personnage. Il traduit, par sa voix, par son corps, tout entier, cet itinéraire de femme. Il le fait avec une modernité et une liberté, tout en respectant le destin de la grande Thérèse d'Avila. J'ai vécu ce 7 mars 2006 comme un Événement. J'ai découvert un Acteur capable de souffrir et d'aimer. C'est beau. Anne-Marie Coutant
écrit le 27/03/2006 par : aim

- Bravo ! -
Voilà un formidable moment de théâtre... comme on en souhaiterait plus souvent. Je reviendrai, c'est promis, vous le méritez tellement. Vivement Sarah Kane... et la trilogie dans son ensemble. Quel talent ! Merci monsieur !
écrit le 23/03/2006 par : titi92100

- Etonnant ! Quelle modernité -
Comme Charles Gonzalès a réussi encore à faire vibrer son personnage ! Après Camille, Thérèse m'a touchée par sa force de traverser les obstacles, par son refus des schémas établis de l'époque. La mise en scène qui établit un lien entre hier et aujourd'hui en fait un spectacle très vivant et émouvant. Encore bravo.
écrit le 15/03/2006 par : may

- Thérèse d'avila -
Je suis encore sous l'émotion des mots, sous l'émotion de l'âme de Thérèse d'Avila... Venez àce spectacle et vous serez dans un questionnement sur la religion, la vie et l'amour...
écrit le 15/03/2006 par : daniella

- Charles Gonzales nous émeut encore... -
Après Camille Claudel, Charles Gonzalès devient Thérèse et nous émeut toujours autant dans la peau de ces femmes ambiguës, à la fois si simples et si extraordinaires. Ce spectacle moderne de par ses projections et ses éclairages et aussi fidèle à la vie de Thérèse - maîtresse, maîtresse-femme, maîtresse spirituelle, infatigable épistolière, infatigable voyageuse du siècle d'or - nous entraîne pendant plus d'une heure à la découverte de son "chateau intérieur". Ne manquez pas cela ! Marie-Christine Vendel
écrit le 13/03/2006 par : sampott

- Bravo Charles-Thérèse -
Voici une Thérèse tellement vivante et réelle que je me suis senti obligé par la qualité du texte et de l'interprétation d'acheter un ouvrage la concernant. Le spectacle m'a saisi et ma transporté hors du temps. Thérèse a trouvé son héraut, merci Charles. Eric
écrit le 12/03/2006 par : ter

- Étonnante interprétation -
Nous avons eu le plaisir de voir un spectacle où l'interprète devenait, était devant nous Thérèse d'Avila. C'est plus qu'une métamorphose, il est et il ressent comme elle.
écrit le 12/03/2006 par : ANGELITA

- Thérèse Charle ou performance théatrale -
Quelle performance ! Quel texte ! Quelle vie ! Ah Thérèse... si je pouvais te ressembler, si je pouvais m'approcher de ta passion. Charles vous m'avez transporté dans un univers où ensemble vous vous donniez dans l'amour, elle de Dieu et vous du théatre. Le texte que vous dites merveilleusement peut toucher chacun. Votre mise en scène, remarquable par le jeu des lumières de Mohamed Maaratié et par la construction de votre espace plein de profondeur et de force, m'ont fait vibrer. Ah Thérèse !!!!! Que beaucoup vous entendent.
écrit le 10/03/2006 par : mat

- Excellent comédien !! -
Très belle prestation et interprétation !! il m'a captivé par sa sensiblité !! la mise en scène les lumières superbes !!
écrit le 10/03/2006 par : teragram

- Retour à l'âge d'or espagnol ! -
Grâce à Charles Gonzalès, je me suis retrouvé plongé dans une époque à la fois faste et trouble de l'histoire espagnole ! Période religieuse fondamentale marquée par le retour au mysticisme, la recherche de la perfection de la foi catholique et l'obscurantisme, le fanatisme ! Charles Gonzalès met en scène incroyablement ce paradoxe : Thérèse risquant le grill de l'Inquisition, et pourtant dévorée d'amour, de la foi inébranlable d'une nouvelle convertie. Quelle vie, la Pauvre ! Franchement moi à sa place !!! Quelle force de Charles Gonzalès sous son manteau-bure, suant eau et sang, mémorisant un si long et si beau texte, si déchirant. On avait tous mal pour lui ! Cette performance d'acteur, à la voix grave, posée, où tout est mesuré, m'a donné envie de prolonger la pièce en me replongeant dans la biographie de Thérèse ! Un caractère porté par un metteur en scène ingénieux qui a su, pour moi, allier la force de l'image contemporaine au destin d'une simple nonne du seizième siècle, devenue sainte. Une pièce qui nous offre des propos universels. Quel acteur ! Merci ! Eric Viela
écrit le 07/03/2006 par : véric

- C'est fou ! Pas de pub ! J'ignorais qu'il jouait... ! -
J'ai eu bien peur ! Et je suis sûre que son Public ne le sait pas non plus ! Charles Gonzalès revient nous voir, et avec un nouveau cadeau ! Après Camille, Thérèse ! Et encore une fois quelle descente, quel vertige, quel souffle ! Quel rythme et quelles modulations ! Dynamique d'enfer et chant d'amour, transverbération et spasmes ! Erotime ardent et transcendance sans bigoterie ! Quête d'absolu et sublime simplicité liées à l'abyssale interrogation sur le Mal toujours capable de nous laisser à chacun de bien incandescentes traces ! Echos en soi de chaque phrase, de tout vers ! Les images sont terribles et nous inscrivent réunis dans l'Histoire. Je suis sortie de là charmée, abasourdie, émue jusqu'à la moelle ! Et la musique ! Une heure quinze, offerte à la salle toute pleine vibrante et réunie, de vrai délice, conduite sur les routes d'Espagne à folle allure, mêlant les accords de la volupté à ceux de l'érotisme mystique, les exigences de la volonté à la radicalité des choix par-delà les excommunication du monde ! Quel travail d'acteur et de metteur en scène et pour cela : merci ! Rien de bâclé et sentiment de plénitude en sortant du théâtre ! Charles gonzalès succède sur la scène à Laurent Terzieff et j'ai bien eu l'impression que ces deux-là devaient être d'un même village, d'un même esprit, pour avoir en commun autant de talent et de présence, autant d'engagement dans leur art ! Concession ni à l'insipide ni au vulgaire ! Que ceux qui n'aiment pas la langue, les mots, les chants d'amour et le duende restent bien chez eux ! Que courent vite tous les autres pour vivre ensemble ce moment unique à voir plusieurs fois ! Marie-josé Pradez
écrit le 07/03/2006 par : aim

- Curieuse transfiguration -
Surprenant spectacle en vérité !... Charles Gonzalès est, sous nos yeux, Thérèse d'Avila. La crudité de ces propos peut surprendre, mais l'analyse du sujet est si déroutante qu'elle motive notre intérêt. La projection filmée derrière le comédien renforçait son approche atypique mais, je vous avoue, que certaines images m'ont mises mal à l'aise ; je les ai presque perçues comme "racoleuses". J'ai quitté le théâtre en ayant l'impression d'avoir vu un spectacle intéressant car en plus du travail apporté à sa réalisation, il amène le public à réfléchir... c'est une bonne chose.
écrit le 03/03/2006 par : brisat


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« Charles Gonzalès devient Thérèse d’Avila » au Lucernaire

Incarnation
Par Jean-Luc JEENER, mercredi 22 mars 2006

Née en 1515, à Avila, Thérèse est l’une des plus grandes mystiques que l’Eglise ait connue. Une femme de tête aussi, de raison et d’action puisqu’elle fonda, par sa seule énergie, une petite dizaine de couvents. Charles Gonzalès, comme il l’avait fait avec Camille Claudel, s’empare de cette héroïne de l’Eglise et en dresse un portrait saisissant et parfaitement discutable.

 
Charles Gonzalès
à l'écoute de Thérèse d'Avila.
 
CRITIQUE. Gonzalès poursuit son projet de trilogie. Avant Sarah Kane (que l’on attend avec impatience) et après Camille, voici donc sainte Thérèse. Le résultat est beaucoup moins convaincant. Ce qui était fascinant, dans le spectacle précédent, c’est qu’il touchait au coeur de l’intime de la folie de la soeur de Claudel comme personne ne l’avait fait auparavant. Ici, il a des idées et donne l’impression d’être un peu dépassé par le personnage génial de la sainte. Sa mystique semble réduite à une expérience de transcendance sexuelle. On connaît l’antienne et c’est un peu court. Gênant, aussi, ces projections systématiques qui dispersent l’attention et empêchent d’écouter les paroles sublimes de Thérèse. Reste la performance extraordinaire du comédien seul en scène. Il est formidable, mais ce n’est pas nouveau.


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« Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila »

Texte, mise en scène et interprétation de Charles Gonzalès.

Genre : Contemporain

Le sujet : Après "Charles Gonzalès devient... Camille Claudel", Charles Gonzalès consacre le deuxième volet de sa trilogie à Thérèse d'Avila qui a mené un combat incessant contre l'inconnu, pour le renouveau, l'inspiration, la liberté et cet invisible pouvant être rendu visible..
(Durée 1h10)

Les avis :

Un beau voyage
Charles Gonzalès est un homme grand, brun, émacié, à la gueule carrée, marquée, la chevelure abondante, un symbole de virilité masculine.
Thérèse d’Avila, est une femme, Sainte, espagnole, une vie de souffrance consacrée à Dieu.
Alors comment Charles Gonzalès peut-il devenir Thérèse d’Avila (comme le promet le titre) tant est grand le contraste ?
Par un talent de comédien éblouissant !
Pourtant le scepticisme est total lorsqu’au lever des lumières, on voit devant nous apparaître ce ténébreux gitan sorti de nulle part dans une robe blanche immaculée ! Mais comme les grands "performers" du théâtre (Terzieff, Luchini…) Charles Gonzalès incarne progressivement sous nos yeux (littéralement et sans artifice) la Sainte, par l’intermédiaire des écrits qu’elle nous a laissés.
Comme un tambour dont la forme nous indifférerait, il fait résonner en nous l’esprit, les propos, les doutes, les certitudes, d’une mystique qui a marqué son époque.
Car au-delà de la performance du comédien, c’est bien un voyage au cœur d’une personnalité d'exception qui nous est proposé
C’est également la vision entr'aperçue d’une porte qui s’ouvre sur la spiritualité (au rendu parfois un peu confus) d'une Sainte.
Avec pour tout support un écran vidéo, une corde, un tabouret, un bâton, Charles Gonzalès devient bien Thérèse d’Avila, la promesse contenue dans le titre est bien tenue.
L’intéret de l'utilisation (heureusement sporadique) de l'écran vidéo et d'extraits musicaux est peu probant (elle perturbe la performance du comédien plus qu'elle n'apporte quelque chose), mais tout le reste (80 % du spectacle) est à consommer sans modération pour notre plus grand bonheur.
Du vrai, du grand, du beau théâtre, dans une petite salle (120 places) confortable, et pour un prix qui ne ruinera personne.
(Patrick Savey)

Un pièce qui marque
Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila. Charles Gonzalès est littéralement habité par le personnage. Et ce n'est rien de le dire. Il faut le voir pour le croire. Il semble possédé dans le vrai sens du terme.
Ce corps d'homme, sans âge tellement il est capable de le faire oublier, devient "le temple de l'âme" d'une femme hors du commun. De la fillette à la nonne, il incarne cette femme pleine de vie ou dévastée par la souffrance, physique et morale. C'est fascinant !
Il joue de sa voix puissante pour traduire ses tempêtes intérieures, tour à tour grave et virile ou légère et suave, ce qui donne au texte un écho troublant.
Et pendant que l'acteur nous livre ses pensées les plus intimes, ses doutes, ses peurs, ses croyances, qui sont les réels écrits de la Sainte, s'anime en toile de fond la violence des hommes (les camps, la bombe atomique, les tours jumelles).
Cette évocation, à la fois dure par sa provocation et belle dans sa mise à nue, est faite sans complaisance. Et que l'on soit croyant ou non, c'est une pièce qui marque les esprits, une invitation à la réflexion.
(Nathalie Tschieret)


En synthèse

Après « Charles Gonzalès devient Camille Claudel », voici « Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila ». Le résultat est toujours aussi prenant.


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« Nous ne sommes pas des anges. »

Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila.

De mémoire, d’incongru pas encore tout à fait digéré, d’audace manquant à imiter le culot de Charles Gonzalès, risquons que le tableau qui introduit la pièce est à peu près celui de Thérèse d’Avila dansant un slow sur Polnareff : ça surprend autant. On cherche, on se torture les méninges pour trouver la source littéraire, la thèse novatrice qui viendrait au secours de notre pauvre petite cervelle qui n’imprime pas : rien à faire, cette Thérèse-là on la remet pas. On nous a peut-être simplement pas présentés ; ça doit être ça, faisons donc connaissance…

Euh, et là, qu’est-ce qu’elle a la dame ? Pourquoi elle met une noix de coco sous sa robe sur son bas ventre, bien à l’horizontale ? Le site WWW.CHARLES–GONZALES.COM accueille en ces termes : la performance est viscérale [...] un contact direct, à la fois intellectuel, émotionnel et physique, avec les besoins du public. Dans un triptyque, entre Camille Claudel et Sarah Kane, Charles Gonzales met à l’honneur Thérèse d’Avila, « rien qu’une femme », celle qui « [meurt] de ne pas mourir ». Il devient la vieille carmélite à qui l’on a demandé de raconter sa vie tout en restant discrète sur ses actes les moins glorieux. Mais la femme est entière, bien incarnée en 3D, charnelle même ; elle a de l’humour, ne manque ni de relief ni de tempérament : elle ne pourrait pas taire les idées farfelues de la petite fille qu’elle était, les émois de l’adolescente et les désirs de la jeune femme. Elle ne serait pas sincère non plus si elle taisait l'emmerdement à l’asile des religieuses, l’agacement provoqué par un jeune prêtre prétentieux qu’elle baptise son « petit Sénèque ». Elle ne se croit pas très intelligente, bête pourquoi pas, et ne comprend pas tous les bouquins qu’elle dévore. Vivre en demi-mesure l'écoeure : les sentiments sont violents, la voix porte. Elle éprouve le besoin profond de remplir sa vie et tous les moyens ne sont jamais assez ; il reste toujours un vide qui la torture.

Charles Gonzalès déploie des trésors de tendresse et de virilité pour restituer les angoisses d’une âme, l’intransigeance d’une femme assez consternée par elle-même, mais attachée à trouver le mysticisme dans son humanité, sans abstraction dogmatique ni théologie plutôt absents de la pièce. On est loin de la figure éthérée des saints. Pour reprendre les termes employés sur le site de la compagnie, on assiste à un mélange de contradictions : mystique et réaliste, malade et forte, féminine et virile, contemplative et manieuse d’affaires, une écrivaine de génie « sans lettres » !

Pendant des décennies, Thérèse connaît les souffrances et les humiliations d’une maladie incurable : elle a toujours « la sensation qu’une musaraigne [la] bouffe par le cul ». Charles Gonzalès révèle habilement le langage crû, le caractère emporté de la femme, d’autant plus touchante que le comédien se démène avec le corps meurtri de Thérèse comme ce champs de ruines incendiées, cette explosion nucléaire qui déferlent sur l’installation vidéo. Après une vision ou un soulagement temporaire, ces métaphores renvoient aussi aux sentiments de petitesse et d’abandon éprouvés en plein crash de retour à sa condition. Les illustrations sonores, les images sur le mur du fond de la scène étonnent autant qu’elles soulignent la modernité du personnage. La même Thérèse qui se fait répéter, à la fois ignorante et énervée, le mot oraison, celle–là encore qui désire un prêtre toute une nuit pour le détourner d’une amante, a été accusée d’illuminisme contre la foi catholique puis déclarée docteur de l’Eglise… Charles Gonzalès assène, malicieux et grave à la fois, quelque chose du genre : « [Et toutes ces religieuses], elles peuvent bien aller se faire foutre ailleurs : un Pater et un Ave leur suffiront. » Le comédien raconte avec ironie le partage de la dépouille enterrée couverte de chaux et retrouvée en parfait état de conservation, la poitrine magnifique, les seins parfaitement droits : tractations secrètes, l’un aura le bras, l’autre la mâchoire et ainsi de suite… On remercie Charles Gonzalès d’avoir rendu à la Sainte lisse ses traits de femme.

Marie Aguettant

Paru le 14 mars 2006


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« Charles Gonzalès devient Thérèse d'Avila »
de Charles Gonzalès

Mise en scène de Charles Gonzalès

Vite au théâtre du Lucernaire ! Allons-y, nous nous y retrouvons ! Charles Gonzalès nous offre, avec son exceptionnelle générosité d’homme et d’acteur, son deuxième amour : Thérèse d’Avila, ni bigote ni éthérée, ou l’histoire d’une petite femme... celle d’un cœur ardent...


Elle est ravissante, elle est coquette, elle s’aime, elle s’éprend de l’Amour comme on s’éprend d’un homme et comme elle est jeune et que le loup n’est pas loin, la voilà au couvent ! Ah la chaleur de l’Espagne ! Le soleil, les émois du corps, la fête et l’envie d’en jouir, la vie des sens ! Ah papa ! 1522 : le couvent et la clôture, Avila... Mais elle n’y est pas si mal, et le mariage lui faisant peur, l’aliénation des femmes, elle prie… et prie si bien, malgré ou grâce aux tiraillements de son corps tyrannique, malade mais volontaire, elle accède à l’Incroyable... : de l’Eros charnel à l’Eros mystique. En exil dans la vie, elle devient l’Epouse, la Bien-Aimée, celle prête à mourir pour Lui. Elle entend l'Epoux qui la prend toute entière, le Bien-Aimé qui par le chant profond de L’Amour l’amène à se sublimer.

Réforme de l’ordre, opposition au pouvoir, contestation de la règle, risque du bûcher de l’Inquisition pour illuminisme. Femme dangereuse qui met en question l’ordre établi, s’autorise à aimer, proclame la vérité, recrée un espace très strict mais sacré pour mieux servir en toute liberté le Désiré. Teresita, quelle femme est-elle en traversant l’Espagne à dos de mule, exposée à tous les dangers pour fonder ses monastères, sans argent, mais avec Dieu, sans moyens mais avec ses filles qu’elle insuffle de sa sidérante énergie ! Joie, danses, chants de femmes du plus profond des entrailles et tambourins de soie ! Désir et volonté, patience, humilité et vigueur du taureau ! Une œuvre colossale et des écrits somptueux pour guider ses nonnettes ! Rencontre avec les plus grands esprits, dont Jean de la Croix à la poésie sublime et pour finir, en 1782, délivrée de la vie, sortie de son exil, puis hissée au rang des saintes sublimes ! Et comment !!!

Charles Gonzalès avait déjà suffoqué ou laissé pantois tous ceux et toutes celles qui avaient su qu’il devenait Camille Claudel. Emotion extrême du jeu théâtral, finesse de l’interprétation, descente dans le désespoir d’une femme et artiste incroyablement trahie. Avec Thérèse, son public retrouve son sens du tragique conjugué par touches délicates à la drôlerie. Charles Gonzalès, plus danseur, continue de lui offrir une puissance de jeu et une expressivité majeure servant un texte flamboyant littéralement respecté, à la fois rugueux, subtile et poétique sur un jeu de lumières d’une très grande intelligence sensible. Il renouvelle pour lui ses inventions de metteur en scène et de compositeur gérant avec maîtrise la projection d’images puissantes, l’occupation de tout l’espace, une dynamique d’actions sans brisure, et un rythme dosant savamment ralentissements et brusques reprises de la voix et des gestes. Déploiement sans réserve d’un Art ! Musiques très belles ou heureusement décalées, beauté d’une langue retrouvée dite de manière si dentelée ! Gestes les plus fins, à la manière du Butô, porteurs de sens ! Images projetées sur le bleu du ciel ou l’espace de la pureté, le gris de l’Histoire ou le rouge de l’enfer : puissantes sans voyeurisme ni saturation. Réalistes, symboliques et définitives ! Et le cœur mis à nu. Et toujours cette question fondamentale à laquelle seuls les sots, les paresseux ou les peureux se dérobent : qu’est-ce que vivre ? Interrogation d’autant plus urgente que le Mal, et peut-être le Diable, paraissent avoir une bien bonne santé, non ?

Une émotion garantie. Un Artiste authentique de grand talent. Un texte très dense, très clair, de cette haute tenue qui réjouit l’oreille, la raison et l’âme. Venez seul(e) ou entre ami(e)s et passez-vous le mot... Vous serez content(e)s car Thérèse vous parlera de vous, et avec quels mots, quelle douceur et quelle force...

Marie-José Pradez